À part le français, combien de langues parle vraiment la France ? Le breton, le basque, l’alsacien, le corse, l’occitan ou le créole rappellent que la langue régionale est aussi une langue vivante, menacée et intimement liée à son territoire : une part essentielle du patrimoine culturel français.
Sommaire
Quelles sont les langues régionales encore parlées aujourd’hui en france ?
Au sein des territoires d’outre-mer et de la France métropolitaine se cache encore un ensemble très varié de langues régionales témoins d’un patrimoine culturel et historique riche.
Ces langues varient d’une région à l’autre ainsi que d’un territoire à l’autre, fournissant un aperçu de la diversité linguistique du pays.
Voici les principales langues régionales encore parlées de nos jours :
- Le breton- Une langue celtique parlée principalement en Bretagne qui possède une dynamique forte en matière de revitalisation.
- Le basque- Langue unique possédant des origines pré-indo-européennes parlée dans le Pays basque.
- L’occitan- Présente dans le sud de la France sous différentes variétés dialectales : gascon, languedocien et provençal.
- Le catalan- Parlé dans le Roussillon et dans certaines zones frontalières avec l’Espagne.
- L’alsacien- Une langue germanique parlée dans la région Alsace bénéficiant d’un enseignement localisé.
- Le corse- Une langue romane parlée à majorité en Corse soutenue par une forte identité régionale.
- Le flamand occidental- Langue germanique proche du néerlandais parlée dans le département du Nord.
- Le franco-provençal (ou arpitan)- une langue dialectale comprises entre les Savoie, le Jura et une partie du Rhône-Alpes.
- Les langues d’oïl comme le picard et le gallo qui existent dans le nord et a l’ouest en France.
- Les créoles ultramarins comme en Guadeloupe, Martinique ou Guyane à La Réunion.
- Les langues amérindiennes comme en Guyane française.
- Les langues kanak en Nouvelle-Calédonie.
- Les langues polynésiennes en Polynésie française.
Ainsi que de nombreuses autres ! Ces différentes langues ne représentent pas seulement des systèmes de communication mais aussi des identités culturelles puissantes. La transmission de ces langues s’effectue par l’intermédiaire d’écoles bilingues ou immersives soutenues par des associations ainsi que par les médias locaux.
Cependant, leur vitalité est souvent menacée par l’imposition du français standard, l’urbanisation croissante ainsi que différents changements sociaux. Le maintien de ces langues régionales dépend donc principalement des politiques publiques mises en place pour aider les forces communautaires à soutenir ces identités tout en s’adaptant aux nouvelles générations qui viennent !
Une reconnaissance institutionnelle encore limitée
La place des langues régionales dans les institutions françaises reste à ce jour marquée par l’encadrement et la précarité.
La Constitution établissant le français comme seule langue de la République a longtemps écarté toute possibilité d’une reconnaissance plus large. Si les langues régionales sont aujourd’hui mieux acceptées en tant qu’éléments du patrimoine culturel, cette reconnaissance à valeur essentiellement symbolique ne s’accompagne pas pour autant de véritables droits d’usage dans l’administration, la justice ou les services publics.
La France a signé mais ne ratifie toujours pas la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, les obstacles juridiques et politiques à sa ratification étant persistants. Dans les faits, ces dernières années ont été marquées par des avancées certes notables mais bien limitées dans leur portée du fait de l’absence de cadre global : compromis locaux, circulaires, lois « fourre-tout »… On peut citer le développement récent de la signalétique bilingue, certains soutiens ponctuels à l’enseignement ou à la création mais au prix d’un cadre général peu stable. Cette situation conduit à un décalage structurel entre le discours valorisant ces langues et les garanties réelles apportées à leur usage.
Transmission, école et usage quotidien : les enjeux majeurs
Le premier enjeu est bien celui de la transmission.
Beaucoup de langues régionales ont perdu leur chaîne familiale au XXe siècle, lorsque le fait de parler français est devenu la norme socialement attendue à l’école, au travail et dans la promotion sociale. Là où les grands-parents étaient locuteurs, les parents ne l’ont pas forcément transmise, parfois par souci d’intégration. Une langue peut vivre culturellement sans être réellement parlée au quotidien, mais elle s’affaiblit rapidement quand disparaît l’apprentissage naturel.
L’école peut jouer un rôle compensatoire dans cette rupture. Il existe aujourd’hui dans plusieurs régions des filières bilingues publiques, associatives ou confessionnelles qui forment de nouveaux locuteurs. La Bretagne en offre un bon exemple : l’apprentissage du Breton s’appuie sur un réseau d’écoles immersives et de cours pour adultes qui a permis de reconstituer une chaîne de transmission là où elle s’était largement interrompue.
Mais leur effet reste limité par le nombre d’enseignants formés, le nombre d’heures d’enseignement accordées, les choix administratifs et l’inégale continuité entre primaire et secondaire. Surtout, apprendre une langue ne sert à rien si l’on n’a ensuite pas la possibilité de l’utiliser. Sans prise en charge familiale, dans les loisirs ou avec des voisins, ni dans certaines activités professionnelles, la compétence acquise reste scolaire et souvent précaire.
Le rôle des territoires, des médias et des associations dans la revitalisation
La revitalisation s’ancre dans l’échelon local.
Les régions, les départements, les communes, les offices de la langue peuvent financer des cours, soutenir l’édition, encourager la signalétique bilingue et l’affichage public ou intégrer la langue dans les événements publics. Ce travail de proximité vaut mieux qu’une déclaration de principe, car il crée des occasions concrètes de voir et d’entendre la langue dans l’espace ordinaire.
Les médias sont également décisifs. Les radios locales, les émissions de télévision, la presse écrite, la musique, le documentaire, le numérique assurent à ces langues une présence dans le paysage contemporain. Internet a révolutionné cette dynamique en permettant aux langues parlées par de petits publics de se retrouver, d’échanger et même de produire leurs contenus.
Enfin, les associations sont souvent le trait d’union entre apprentissage et culture d’une part et usage social de la langue de l’autre. Cours du soir, spectacles, rencontres littéraires, traductions d’œuvres majeures ou de livres pour enfants… Leur action est fondamentale mais repose le plus souvent sur des moyens réduits et un engagement militant sur la durée.
Quel avenir pour les langues régionales de France ?
Il ne sera pas conforme à un déclin fatal et non plus à un retour spontané. Il existera de véritables conditions à sa réalisation : faire naître des locuteurs, stabiliser le champ scolaire, inventer des usages, légitimer la langue dans l’espace social.
Une langue régionale a plus de chances d’exister durablement si elle n’est pas seulement célébrée comme mémoire à préserver, mais si elle est aussi utilisée pour parler, écrire, chanter, créer, travailler ou transmettre une expérience contemporaine.
Le futur s’annonce sans doute contrasté. Certaines langues disposeront d’institutions, de réseaux scolaires et d’une masse militante suffisante pour se consolider lentement. D’autres risquent d’être réduites à des usages patrimoniaux ou symboliques. En somme, il ne s’agit pas uniquement de sauver un héritage mais de décider quelle place la société française accepte de faire à sa pluralité linguistique. C’est là, au fond, que se joue leur possible avenir.