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L'art du haïku - Écrire des haïkus, Thierry Cazals
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ÉCRIRE DES HAÏKUS ET SE RENCONTRER SOI

LE CHANT SILENCIEUX DES ICEBERGS

Thierry Cazals

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Le haïku n’est pas un art bavard. Il ne désire pas expliquer, décortiquer le monde, ni l’embellir en le noyant sous une multitude d’images, de sensations, de métaphores lyriques.

L’art du haïku consiste d’abord et avant tout à accepter notre nudité originelle.

C’est cette nudité, cette ouverture totale qui permet au mystère du monde – le yûgen, cher aux poètes japonais – de transparaître.

Intensité du regard, limpidité de l’écoute, jaillissement précis de la moindre goutte de pluie, du moindre flocon de neige…

C’est ainsi : le monde ne sera jamais une marchandise. Il se donne à qui veut bien s’abandonner.

Fascinée par l’esthétique dépouillée des estampes japonaises, Etty Hillesum notait en 1942 dans son journal : « C’est ainsi que je veux écrire. Avec autant d’espace autour de peu de mots. Je hais l’excès de mots. Je voudrais n’écrire que des mots insérés organiquement dans un grand silence, et non des mots qui ne sont là que pour dominer et déchirer ce silence. En réalité les mots doivent accentuer le silence. Comme cette estampe avec une branche fleurie dans un angle inférieur. Quelques coups de pinceau délicats – mais quel rendu dans le plus infime détail ! – et tout autour un grand espace, non pas un vide, disons plutôt : un espace inspiré. » (1)

Je ne sais si Etty a eu le temps de découvrir l’art du haïku durant sa brève vie (elle a péri en 1943 dans un camp de déportation), mais je me sens proche de ses paroles. Comme elle, je n’ai pas le désir d’écrire des romans-fleuves ou des poèmes interminables. Juste semer quelques graines de silence, ici et là.

La pratique du haïku demande un cœur simple, un cœur dépouillé de toute prétention – y compris l’ambition littéraire !

En Occident, beaucoup d’écrivains ont cherché à échafauder des systèmes, des architectures complexes et savantes pour tenter de donner un ordre à l’univers.

Mais l’univers est au-delà de l’ordre et du désordre.

L’univers n’est pas une machine, mais plutôt un organisme, un être vivant.

Aussi, c’est en étant vivant, pleinement vivant, que l’on peut entrer en relation avec toute chose, vibrer à l’unisson avec l’ensemble de la création (nuage, coccinelle, cascade, pin parasol, geai, cyclone…).

Pour cela, inutile d’emporter trop de bagages. Mieux vaut voyager léger. Lâcher du lest, ouvrir les écluses, enjamber les murailles. Creuser sous la cuirasse des habitudes jusqu’à ce que jaillisse la chair vive de l’étonnement. Saint-Exupéry l’avait bien compris : « La perfection est atteinte non quand il n’y a plus rien à ajouter, mais plus rien à ôter. »

Dit d’une autre façon : le Réel est comme un iceberg dont nous ne voyons habituellement que la partie visible, la partie superficielle.

Le haïku nous invite à plonger et découvrir la montagne immergée sous l’océan.

Cette montagne a besoin de silence pour apparaître.

Elle a besoin que nous nous libérions des bavardages de surface et que nous plongions dans nos profondeurs.

Car, cette montagne – c’est nous.


Thierry Cazals (mai 2001)
(1) Etty Hillesum, Une vie bouleversée, éditions du Seuil.



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