| La petite fille se dandinait, tenant la main de son père avec la
détermination d’une anguille prête à se lancer dans le monde. De son
autre main, elle tendit le doigt vers un tableau mais sa mère la
rabroua. « On ne montre pas du doigt en public », la tança-t-elle. Jérémie regardait la scène sans y prêter attention, tant il était habitué à ce style d’action. Il avait même arrêté de se demander quelle autorité pouvaient bien avoir des parents négligés et débraillés, le sein ou la fesse à moitié à l’air. Il remplaçaient l’autorité par la destruction d’enthousiasme. La pseudo-bienséance est un moyen de dressage qui a fait ses preuves. Mais ça, Jérémie gardait ses réflexions pour lui car il ne faisait pas bon sortir de la bien-pensance. De toute façon, il n’était que peintre, après tout. Et la peinture, ça n’était pas une sinécure quand il fallait supporter la cohorte de touristes désœuvrés, dans le vain espoir que l’un d’eux s’intéresse à votre travail. Heureusement y avait-il des touristes avertis qui n’hésitaient pas à faire quelques milliers de kilomètres pour voir les galeries du sud de la France. On les reconnaissait au fait qu’ils ne mangeaient pas de glaces dans la galerie. Le père de la fillette bailla sans sortir la main de son short colonial, dans lequel ses jambes en forme de clous poilus semblaient de trop. D’un geste classe, toujours sans sortir la main du sac à fesses, il lâcha la main de la fillette pour se remonter les roustons, comme on dit. Puis il s’extirpa une crotte de nez avant de s’avancer vers le comptoir. |
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