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Haïku expliqué par Jacques Osanati : La trame de l'univers


           Le soir tombe
           Il ne se passe rien
           Était-ce bien le soir ?
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Le haïku tout entier est centré sur la notion de concept. Le soir, c’est un concept qui bien entendu n’existe pas, encore moins que le jour et la nuit.

Le jour et la nuit sont aussi des concepts, des espaces de temps caractérisés par la présence de lumière ou son absence relative. Cette relativité d’éclairage fait du jour et de la nuit quelque chose de difficile à définir. Néanmoins, on peut s’en faire une idée assez précise (je souligne : une idée).

Pour le soir, il en va tout autrement. C’est une transition, un moment indéfinissable et impalpable. À partir de quand est-ce le soir et quand est-ce fini ?

L’expression « le soir tombe » est une tentative populaire de se débarrasser du problème : avant la chute, ce n’est pas le soir, et après la chute ce n’est déjà plus le soir.

Le côté curieux et improbable de l’expression montre bien notre manière de nous satisfaire de concepts pour décrire le monde.

Évidemment quand le soir tombe, il ne se passe rien puisque le soir n’est qu’un concept. De la même manière, comme tout concept, on peut le mettre en cause : était-ce bien le soir ?

Les esprits malins pourront en disserter toute une nuit et tout un jour, en attendant le prochain soir…

La photo permet de saisir la vérité cachée dans le haïku. À la question posée (était-ce bien le soir), la réponse photographique est une base de noir et de blanc, symboliques de la nuit et du jour, qui se trouvent à égalité dans le soir. La photo par ses oppositions suggère que l’univers est constitué tout entier de cette bipolarité noir-blanc, lumière-obscurité, etc. Mais la photo introduit l’autre élément de vérité, à savoir qu’entre les deux extrêmes il y a les couleurs (et bien d’autres choses), ici principalement du bleu et un peu de magenta.

La photo va au-delà en présentant une sorte de draperie opposant une structure organisée (les espèces de canaux) à une partie amorphe (les à-plats de couleurs).

D’où le titre « la trame de l’univers », allusion à la structure chère aux hindous. Derrière nos concepts comme le soir, il y a une architecture infinie, à la fois bipolaire et faite de nuances, à la fois structurée et amorphe.



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© 01/04/2007

 

 

 

 

 

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