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Pixburger, que lui reproche-t-on exactement ?

Pixburger, filiale de Fotovista, est une sorte de microstock à la française (banque de photos en ligne), qui se veut de qualité et d'actualité. Tout est fait pour l'acheteur, avec une simplification drastique des tarifs, ramenés à cinq. L'idée en soi est séduisante, s'il n'y avait un ver dans le fruit.

Note : Monsieur A. G., fondateur de Pixburger, nous a demandé un droit de réponse que nous lui accordons dans le cours de l'article.

Note de Didier Vereeck : cet article n'est pas dirigé contre Pixburger, qui au moins est installé en France. L'article est fait suite à l'ouverture de ce nouveau microstock, ouverture dont nous avons eue connaissance suite à un buzz sur internet. À certains détails prêts, les diverses informations et réflexions pourraient certainement s'appliquer à toute microstock, et parfois en bien pire.

 Tarifs : 1,72 euros pour le photographe

Contrairement à beaucoup, ce ne sont pas les tarifs qui me choquaient le plus (avant de les comprendre, voir plus loin), même si la commission est élevée, d'une manière injustifiée vu l'absence de travail d'agence.

A.G. :
1. La commission est tout à fait au niveau du marché en général et particulièrement au-dessus de celui des microstocks en particulier.
2. Quant à l’absence de travail d’agence, fabrication du site, paiement de licences logiciel divers et variés, investissements marketing conséquents, reversement des Agessa et taxes diverses, référencement du site, effort commercial, traductions, investissements initiaux, etc sont autant de « travail » me semble-t-il.

Non, Monsieur Pixburger, il ne s'agit certes pas d'un travail d'agence car il n'y aucune ligne éditoriale ni aucune sélection. Il s'agit d'un travail commercial tout ce qu'il y a de plus classique. Mais ce n'est pas très important, et pas le sujet de l'article.


Les tarifs proposés sont forfaitaires, minimes par rapport à un certain nombre de cas de figure, mais pas si éloignés des fourchettes basses déjà en vigueur.
Grosso modo, les images seront vendues 49 ou 99 euros Prenons le cas qui sera certainement le plus fréquent : le photographe qui vend une image à 49 euros. Sur cette somme et sauf erreur, il touchera 40% du montant HT, moins les cotisations sociales (Agessa, environ 10 %), moins les frais Paypal (en moyenne, environ 4 %). Soit environ 16 euros.

A.G. : si PixBurger s’acquitte des Agessa systématiquement, la part payée par le photographe l’est uniquement s'il le souhaite et uniquement s'il est français. Par ailleurs, les frais Paypal sont moins élevés (à cela s’ajoute que dans quelques jours, le paiement par CB sera possible)

Monsieur G aime bien finasser : les frais Paypal ne sont en effet pas de 4 % mais de 3,4 % + 0,25 euro fixe. Pour des petites sommes, ils sont en moyenne légèrement supérieurs à 4 %. Reste à voir si le paiement par carte bleue sera gratuit (peu probable).

Ce prix forfaitaire, faible, ne pose pas de problème en soi si les ventes sont au rendez-vous (admettons).

Seulement voilà : si le tarif de 5 €  me semblait anecdotique au départ, c'était parce que je n'avais pas lu assez attentivement. Il s'agit de la licence créative, qualifiée de "non commerciale". Ce que Pixburger appelle non commercial, c'est un livre ou un magazine. C'est tellement inhabituel et absurde, et à l'inverse des pratiques (faire payer plus cher une carte postale qu'une couverture de magazine) que je n'avais même pas imaginé que c'était possible. Vendre 5 euros une photo haute définition et de qualité à Gallimard ou Filipacchi, il ne faut quand même pas délirer !

A.G. : Votre point de vue est compréhensible, cela étant, laissez moi vous expliquer le nôtre. Une photo dans un livre ou un magazine n’est qu’une « partie » d’un tout, par ailleurs (sauf cas exceptionnel) ça n’est pas elle qui fera vendre (encore une fois, sauf cas exceptionnel) ça n’est donc pas d’elle que l’on fait commerce mais de l’ensemble auquel elle est inclus. Dans le cas d’une carte postale au contraire, elle est le « tout », c’est d’elle et uniquement d’elle dont on fait commerce, raison pour laquelle, elle est plus chère.
Monsieur G, là je vais me fâcher tout rouge. Arrêtez de nous prendre pour des andouilles : un photographe vend bien plus de photos à des éditeurs ou des magazines que pour des cartes postales ou des mugs ! Et je confirme : les pratiques aujourd'hui sont l'inverse de celles que vous proposez. Si d'aventure votre proposition se voyait reprise, les photographes mettraient TOUS la clé sous la porte.

5 euros sur lesquels il reste 1,72 euros pour le photographe ! Montant dont il doit bien entendu déduire ses frais…

Imaginez que La Martinière ait pu acheter 100 photos pour 500 euros au lieu de verser quelques millions d'euros à Yann Arthus-Bertrand ! Ou, plus classique, que vous faites un livre de photographies qui se vend à 3 000 exemplaires. Vous empochez environ  6 000 euros de droits d'auteur, mais si vous aviez vendu vos photos via Pixburger, seulement 130 euros.

A.G. :  N’en doutons pas mais qui a suffisamment de moyens pour se faire connaître et reconnaître des éditeurs poids lourds du marché. Quels investissements aura du  consentir le photographe, en temps, en coups de téléphone, en courriers, en représentation pour espérer tenter de convaincre le responsable éditorial ? Quel photographe est édité à 3000 exemplaires ?
Monsieur G, c'est là le travail normal de tout photographe : s'il ne le fait pas, il ne vend pas.  Et le faire est bien plus facile et rentable que ce que vous laissez entendre, même si au début ça ne donne pas trop de résultats. Quant à votre dernière question, réponse : moi, et beaucoup d'autres.
 
Et je ne parle même pas du fait qu'actuellement, une photo pour l'édition ou la presse se vend environ 70 euros pour un format et une diffusion moyens.

A.G. : Vous aurez noté que nous vendons les photos d’actualité 99 euros et qu’elles vont bien à la presse et à l’édition.

Certes, mais ce type de photo se vend habituellement bien plus. Je parlais des photos d'illustration, pas des photos d'actualité.

 Libre de droits, usage illimité

 Les photos sont vendues « libres de droits » et pour un usage illimité. Extrait du site :

« L'ensemble des images vendues sur PixBurger sont "libres de droit". Vous pouvez les utiliser autant de fois que vous le désirez, sans limite de taille ou de territoire dans le cadre de la licence que vous choisissez. Vous ne pouvez pas revendre ces images sauf dans le cadre d'un mandat (cas des agences de communication notamment). »

A.G. : Merci de supprimer cette phrase qui, sur vos conseils, n’est plus sur le site.

Je suis ravi que vous ayez enlevé cette phrase qui poussait à la consommation, néanmoins cet usage reste possible car le contrat de licence stipule : « pendant la durée de protection des droits d'auteur, pour le monde entier ».
 
Une telle mention est interdite en droit français et européen (Pixburger est de droit français et on ne peut que s'en féliciter).

A.G. : Associer le libre de droit exclusivement à PixBurger me semble un peu réducteur voire faux : toutes les banques d’images « classiques » proposent le « libre de droit ». Biosphoto agence française de droit français a le même style de contrat que le nôtre.

De tout temps, on nous dit : mais c'est pour simplifier, le droit d'auteur à la française est un obstacle au commerce. Un acheteur veut pouvoir faire ce qu'il veut de la photo qu'il a achetée. Soit.

Mais la photo a un auteur. Auteur n'est ni un métier ni un statut (au sens administratif), ni un travail, sauf à admettre que certains sont prêts à payer pour travailler, c'est-à-dire être publié. Toutes choses que font remarquer les chercheurs en sciences sociales : un auteur est bel et bien quelqu'un de prêt à payer pour travailler (ou au moins de rester longtemps sans gain notoire).

Autrement dit, un auteur est quelqu'un qui effectue une prise de risque dans l'espoir d'avoir un gain plus tard, au contraire du salarié donc. Et si le gain ne vient pas, il doit faire autre chose.

Exemple pratique : une photo régionale (paysage, par exemple) est souvent vendue 5-6 fois pour une somme globale d'environ  500 euros (à titre indicatif : dans la réalité, ça peut être un peu moins ou beaucoup plus). Partons donc du principe qu'une photo vendue rapporte 500 euros. Avec Pixburger, il faudrait que la même photo se vende  près de 300 fois. Possible, mais certainement pas fréquent ! Et quoi qu'il en soit, si une photo se vend beaucoup via Pixburger, il est probable qu'elle se serait également vendue beaucoup en direct (donc plus que dans notre exemple).

 Une perte de chance

Appliqué aux microstocks, ça signifie que l'auteur est prêt à vendre une photo très en-dessous de son prix de revient, avec deux espoirs : que ça fasse monter sa cote, et surtout que la photo ainsi connue connaisse un autre destin, et lui rapporte plus par la suite.

Prenons un exemple d'une photo dont par chance le sujet devient à la mode. Chaque fois que le magazine voudra la publier à nouveau, il repaiera… sauf s'il a acheté l'image chez Pixburger. Chaque fois qu'un autre magazine voudra publier la même photo, il paiera… sauf si le magazine appartient au même groupe et que c'est ce groupe qui a acheté la photo à Pixburger !

A.G. :  Merci de supprimer ce paragraphe qui est faux. En effet, là encore sur vos conseils et comme je l’avais annoncé, ce point a été précisé et modifié sur les contrats.

Eh bien, je suis désolé : je ne vois toujours pas dans les contrats ce qui empêche le titulaire d'utiliser l'image pour plusieurs supports. Il suffit que la photo ait été achetée par la maison-mère.
 
Le même raisonnement s'applique aux grosses agences de pub et aux grands éditeurs, qui auront tôt fait de se constituer une photothèque interne avec les photos achetées chez Pixburger !

A.G. :  Idem. Moi : idem.

Dans un contexte de concentration croissante en édition, presse et publicité, une image vendue a peu de chance d'engendrer de nouveaux gains, alors même que tout photographe sait bien que ce sont souvent les mêmes photos qui sont les plus demandées. Or avec Pixburger les possibilités de ventes multiples d'une même photo diminuent considérablement !

A.G. :  Idem. Moi : idem.

En termes de droit, Pixburger crée donc une perte de chance pour les auteurs. Nul doute qu'un juge qui en serait saisi serait sensible à cette notion, car la perte de chance en question est susceptible d'empêcher tout revenu convenable. Si on ne veut pas salarier quelqu'un, qu'on lui demande d'être auteur, donc de prendre le risque lui-même, et de faire payer les cotisations sociales par la solidarité nationale (car des charges de 10 % aux Agessa, c'est très faible comparé aux charges sur les salaires), alors on doit aussi accepter l'autre caractéristique de la rémunération de l'auteur, à savoir la chance de gain ultérieur.

A.G. : Non ! Une photo est achetée par un titre et non par un groupe. C’est Elle ou Télé 7 jours qui achète et non pas le Groupe Hachette. Elle ne peut pas utiliser une photo achetée par Télé 7 jours bien qu'ils fassent partie du même groupe.
Par ailleurs, les images achetées sur PixBurger ne peuvent être utilisées que par l’acheteur sauf si celui-ci travaille pour un client (cas des graphistes, webdesigner, agences de pub, etc). Publicis par exemple ne peut pas vendre une image achetée 1 fois à Coca et à Renault. Si ils veulent le faire, ils l'achètent 2 fois !

Ça reste à prouver, car ce n'est pas stipulé dans le contrat !  G nous affirme que si, alors nous ne devons pas savoir lire…

 Un risque pour tous les photographes

On notera au passage que la perte de chance touche également les auteurs qui ne veulent pas vendre chez Pixburger : si Pixburger marche et devient connu, comment vendre une photo à un prix plus élevé et pour un usage unique ? Par la qualité entend-on ici ou là, de la part de personnes qui manifestement n'ont pas visité le site (nombre de photos de qualité) ni lu les intentions de Pixburger : des photos de qualité pro.

Au passage, Pixburger souhaitant avoir des pros, il leur demande de fait de passer auteurs. À la rémunération à l'heure des pros, il oppose celle à l'œuvre des auteurs.

Pixburger aurait pu être une chance (par la simplification génératrice de ventes plus importantes). Mais laisser exister en l'état Pixburger, avec cette mention libre de droits et la mention « sans limite de taille ou de territoire », toutes deux contraires au Code de la Propriété intellectuelle*, et des prix aussi bas (5 euros, soit 1,72 pourle photographe), c'est accepter la disparition de l'auteur, dont l'existence est fondée sur l'hypothèse  « accepter des gains faibles aujourd'hui dans l'espoir de gains importants plus tard ».
*Article L.131-3 du Code de la Propriété Intellectuelle : « La transmission des droits de l'auteur est subordonnée à la condition que chacun des droits cédés fasse l'objet d'une mention distincte dans l'acte de cession et que le domaine d'exploitation des droits cédés soit délimité quant à son étendue et à sa destination, quant au lieu et quant à la durée. »

Plus que les prix bas, c'est cette perte de chance qui est dommageable.
 
> Pixburger, analyse du contrat : danger !


© 26/03/08, Éditions Luigi Castelli - Didier Vereeck. Repris le 28 avril suite à mail de A. G. .

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