Si vous voulez déclencher une polémique sur un forum de photographes, il suffit de créer un débat du style L’argentique est-il dépassé ? ou La victoire du numérique. Très vite un contre-fil intitulé L’argentique c’est de l’art ou Le numerdique (ce n'est pas une faute de frappe) pour les bobos surgira. Pourtant, si tous les sondages associent l’art photographique aux procédés traditionnels, ils les associent aussi très majoritairement au noir et blanc. Exit la couleur. En fait, le seul argentique pur et dur, c’est le noir et blanc développé et tiré par contact, puis sous agrandisseur, par le procédé le plus traditionnel qui remonte au milieu du XIXe siècle et qui perdit de son prestige dès que Georges Eastmann le diffusa dans les classes moyennes, puis dans les masses laborieuses, avec la pellicule souple. Longtemps la plaque de verre garda, seule, le titre de noblesse. Aujourd’hui le nec plus ultra du retour au sources est de conseiller le révélateur Rodinal (breveté en 1891 pour Agfa) pour les films et le tirage sur papier baryté (papier recevant un élément chimique issu d’un métal), mais bien entendu il n’y a aucune raison que cette formule donne aujourd’hui de plus mauvais résultats qu’en 1920.
Lors de l’invention de la photo couleur, d’abord avec l’Autochrome Lumière (plaques en verre, davantage élaborées à base de pomme de terre que d’argent) à la Belle Époque, puis avec l’essor des films couleurs inversibles (Kodachrome) et négatifs (Agfacolor, Kodacolor) l’Art n’était qu’en noir et blanc. À partir du milieu du XXe siècle, le rouleau compresseur de la couleur envahit le marché amateur puis la presse, même si en France un quarteron de photographes humanistes résistent : leur noir et blanc assimile toujours les Trente Glorieuses à une certaine grisaille nostalgique, alors que l’american way of life se déploie en Kodachrome dans National Geographic ou Life ! Tous les procédés argentiques qui survivent aujourd’hui sont donc construits sur une technologie qui n’a pas bougé depuis une cinquantaine d’année : le célèbre papier ultra brillant aux reflets de métal, Cibachrome, a été commercialisé pour la première fois en 1963 et fut accessible aux amateurs, avec un kit de développement, au début des années soixante-dix ! D’ailleurs, en ce temps de retour aux fondamentaux, il est utile de confirmer que c’est un procédé beaucoup plus plastico-chimique que papier et bromure d’argent, puisqu’à la base c’est du polyester, tri-acétate, et colorants… comme dans tous les films couleurs, où la proportion d’argent est minime. |
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